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A lire : les livres et quelques articles
de Chantal Calatayud,
psychanalyste, didacticienne analytique,
auteur,
parus dans Psychanalyse magazine.

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  «  Rien ne change dans mes comportements alimentaires »  
 

 

J'ai 22 ans et la médecine dit de moi que je suis boulimique, une vraie boulimique, avec rituels de vomissements pour solde de tout compte. Je fais des études de psycho qui m'intéressent et me permettent de comprendre mes blessures intérieures. Pourtant, rien ne change dans mes comportements alimentaires. Je vous appelle au secours…

Barbara L. – 13001 Marseille

 

La réponse du psychanalyste

Comme vous l'induisez, et malheureusement bien sûr, il ne suffit pas de comprendre « pourquoi » pour que le noeud se dénoue. Comme vous le savez, la cure analytique s'intéresse, elle, au « comment » et pour travailler sur ce mécanisme, il faut un médiateur, un miroir. C'est ici que se situe réellement votre demande ; ainsi, malgré vos connaissances théoriques, vous « butez » sur l'écueil de la difficulté à renoncer car la boulimie, si elle veut cesser, doit, en tout premier lieu, désinvestir, de façon protectrice, la sphère orale, et, en l'occurrence, la bouche. Non pas en tant que désir d'introjecter d'ailleurs, ou d'incorporer mais en tant, comme le précise le courant lacanien, que jouir d'un imaginaire qui se déclenche mal, c'est-à-dire qui, par traces mnésiques infantiles, vous fait « halluciner » l'absorption. Ce médiateur, à ce stade de votre réflexion, c'est un psychanalyste. Vous êtes prête à passer le pas et il serait dommage de différer cette rencontre d'avec « vous m'aime » ; effectivement, la métaphore « pour solde de tout compte » laisse à penser que vous êtes apte à quitter l'étayage régressif que peut constituer le processus destructeur d'un apport massif de nourriture qui vise, aussi, à rétablir un état de pseudo-plénitude, de type contenant-contenu, vécu pendant la période intra-utérine. Vos études semblent bien vous convenir et la psychanalyse va s'inscrire en une complémentarité salvatrice, d'autant que votre courrier implicite toute la culpabilité qu'engendrent également les conduites boulimiques qui peuvent, d'évidence, confondre le « dedans » et le « dehors » ou le « prendre » et le « rendre ». Seul un travail sur vous restituera l'ordre et vous libérera de ce déséquilibre, lié à une mauvaise approche inconsciente du plaisir qui se trouve, dans ce cas, complètement bloqué par ce qui touche aux « voix » faciles, de type « tout et tout de suite ». Une cure analytique vous permettra, entre autres, de sentir que le plaisir ne se situe pas uniquement au niveau de la bouche, donc du dire mais également au niveau du faire ; il ne peut découler que de la frustration liée, essentiellement, à des agents extérieurs ; ainsi, accouchant prudemment de vous-même, vous surmonterez le fantasme qui consiste à s'illusionner et à penser, par ailleurs, que le moindre plaisir se paie. En d'autres termes encore, la boulimie c'est se tromper de camp, c'est être son propre adversaire. Cette soumission vis-à-vis de vous-même traduit un manque de confiance en soi ; or, tout être humain a besoin de savoir, consciemment, quelles sont ses possibilités et jusqu'où il peut aller, d'autant qu'une partie de tout inconscient le sait. C'est cela un symptôme, à savoir que l'océan qui sépare l'inconscient du conscient, divisant ces deux espaces énergétiques, amène des somatisations dont la boulimie fait partie. Pour autant, la boulimie ne s'inscrit pas dans n'importe quelle histoire et repose sur une problématique du lien mais, une autre chose est sûre : les mots que vous apporterez au psychanalyste de votre choix expulseront les maux.

 



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