La presse en parle...

 

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La revue « Annales d’Issoudun » (septembre 2005), pour son dossier 
« S’aimer pour aimer »,
a interviewé Chantal Calatayud…

 
 

 

Avec elle, nous avons voulu approfondir un peu les conditions d'une bonne relation à soi et aux autres.

Clarifions notre intérieur
Et devenons adultes !

Annales d’Issoudun : Pourquoi avez-vous écrit ces différents ouvrages ?

Chantal Calatayud : Sans vouloir être prétentieuse, je voulais un peu désacraliser la psychanalyse, une discipline qui fait encore peur, alors qu'elle ne poursuit qu'un objectif : se mettre au clair avec soi-même pour mieux accueillir l'autre. À travers ces ouvrages, c'est ce lien très fort que j'ai voulu souligner : dès l'instant où l'on est en accord avec soi, l'autre ne nous fait plus peur. Et cela instaure une communication plus équilibrée et plus agréable.

 

A.I. : S'aimer, n'est-ce pas une invitation à l'égoïsme ?

C.C. : S'aimer peut paraître de l'égoïsme, si on reste dans le registre chrétien. Mais on peut aussi partir du principe que, selon l'expression consacrée, « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Quand on s'intéresse à soi pour mettre de la clarté au-dedans de soi, on peut mieux communiquer. Il s'agit là d'un travail quotidien : pour regarder nos interlocuteurs avec bienveillance, il est nécessaire de pouvoir nous regarder, non avec complaisance, mais avec la même bienveillance.

 

A.I. : Est-ce possible d'apprendre à vivre avec soi, comme vous l'avez écrit dans l'un de vos ouvrages ?

C.C. : C'est possible mais difficile. Il n'est pas simple d'apprendre à s'accepter tel que l'on est, car nous sommes très dépendants du regard des autres, et au sein même de notre propre famille. Il faut donc apprendre à nous libérer de ce regard qui limite et enferme. Non pas qu'il faille refuser tout ce que les parents ont transmis. Mais il s'agit de partir du principe qu'il y a en chacun de nous une part de don. Découvrir ces dons est la voie pour apprendre à s'accepter et à s'aimer tel que l'on est.

 

A.I. : Mais s'aimer soi-même, n'est-ce pas aussi aimer son corps ?

C.C. : Du point de vue psychothérapeutique, ce qui est important, c'est l'équilibre intérieur, et non le corps. Dès l'instant où il n'y a plus conflit à l'intérieur de soi, le corps devient un véhicule plutôt agréable. Dans ce cas, on peut presque l'oublier, sans pour autant le dédaigner, ce qui serait une attitude psychotique. En tout cas, tout le monde sait très bien que lorsque l'on est bien dans sa tête, le corps se porte bien, et donc que l'être humain tout entier peut se construire avec bonheur.

 

A.I. : On nous dit que s'aimer, c'est important pour aimer les autres. N'y a-t-il pas là une invitation à aimer pour se faire plaisir ?

C.C. : Si aimer, c'est « récupérer l'autre pour se faire plaisir », c'est mal connaître les conditions d'une bonne communication. Car communiquer, c'est s'intéresser à un individu pour ce qu'il est et pour ce qu'il fait, et non pas pour ce qu'il représente. Si, en aimant, c'est ce genre de communication que l'on vise, il n'y a pas de risque égoïste ou égotiste ou égocentrique : tout simplement parce que l'on reste vraiment fixé sur l'être, et non sur l'avoir, et encore moins sur le paraître. Encore une fois, nous ne nous aimons pas pour nous faire plaisir mais pour nous libérer du regard des autres qui nous limite et nous enferme. Cet intérêt pour soi, non par complaisance, mais par honnêteté intellectuelle, est même la seule possibilité que nous ayons de vivre de façon responsable.

 

A.I. : Pour entrer en bonne relation, comment accepter l'autre tel qu'il est et se défaire du regard qu'il porte sur soi ?

C.C. : Nous arrivons là au cœur de l'analyse. Si nous écoutons les propos de notre interlocuteur au premier degré (ce que l'on appelle en analyse les « explicites »), nous pouvons nous sentir constamment agressés. Ce sentiment d'agression est lié à une conscience plus ou moins claire de notre responsabilité dans un conflit, qui est toujours le fruit de responsabilités partagées, avouées ou non. Pour s'en sortir, il faut écouter l'autre de façon positive.

 

A.I. : Pour enrichir nos relations, ne faut-il pas « apprendre à pardonner », comme le dit si bien l'un des titres de vos ouvrages ?

C.C. : L'expression « enrichir nos relations » me déstabilise un peu, parce que cela donne l'impression que le pardon pourrait être une politique de profit. Or apprendre à pardonner, c'est évoluer : le pardon libère pour mieux entrer en relation. On pourrait presque dire que c'est un acte égoïste. Sans oublier toutefois que cette libération fonctionne dans les deux sens, puisque le pardon libère aussi l'autre.

 

A.I. : Dans ce sens, l'amour de Dieu qui suppose la conversion, le pardon, peut-il guérir nos relations humaines, et devenir ainsi garant d'un amour humain plus authentique ?

C.C. : Adhérer au divin, c'est se rendre compte que nous sommes des êtres autonomes, des êtres libres. Pour être authentiques, nous devons regarder dans la direction de Dieu et de la sagesse, c'est-à-dire toujours plus haut et plus loin. Et pour cela, il faut réfléchir, se remettre en question, dans une sorte de « chemin de conversion ». Et nous avons beaucoup de possibilités de réfléchir, pour changer nos intentions, nous « convertir », et entrer dans un mouvement d'amour plus authentique. Et il est certain que la foi en un Dieu Amour peut aider à entrer dans ce mouvement.

 

A.I. : Sur ce chemin d'amour authentique, ne faut-il pas apprendre à gérer les conflits ?

C.C. : Il est certain que tout conflit peut se régler dans la mesure où nous avons une authenticité suffisante, qui va nous permettre de dire à notre interlocuteur ce qui nous fait souffrir, sans l'accuser. Au lieu de dire à quelqu'un : « Tu es absolument odieux », il est préférable de dire à cette personne : « Je souffre, dans mon âme, dans mon corps, dans ma chair, lorsque j'ai l'impression que tu as telle attitude vis-à-vis de moi ». Cela, c'est une parole ouverte permettant de devenir adulte dans la relation. Mais cela s'apprend car en étant authentique, on peut avoir peur de perdre l'autre. Des outils proposés par la psychanalyse, la philosophie, la spiritualité peuvent ainsi nous aider à ne plus être de grands enfants et à devenir véritablement des adultes.

 

A.I. : En conclusion, peut-on dire que s'aimer soi-même pour entrer en bonne relation avec l'autre, c'est le chemin d'une bonne relation avec Dieu ?

C.C. : Dans la mesure où nous avons un minimum de foi et où donc nous exprimons Dieu à travers ce que nous sommes, il est nécessaire de nous accepter tels que nous sommes pour être en lien avec lui. Ne nous cassons pas trop la tête en cherchant comment améliorer cette image de Dieu en nous. Évoluons plutôt en acceptant nos qualités et imperfections, et donc nos propres différences à l'intérieur de nous. Cette richesse est seule capable d'être image de Dieu Trinité, qui est unité dans la diversité et non dans l'uniformité ou l'uniformisation conduisant à la pensée unique, ce qui serait dramatique.

 

Propos recueillis par

Édouard CLIVAZ, msc

 

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