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Les femmes vivent mieux leur statut de célibataire que les hommes. C’est ce qu’affirme une étude européenne menée en 2006. Qui sont ces femmes qui se passent de partenaire ? Pour décrypter ces comportements, nous avons présenté cinq célibataires à notre spécialiste, Chantal Calatayud, psychanalyste.
« Je suis une femme solitaire de nature »
Dominique, 54 ans
«Très tôt, j'ai choisi d'orienter mes études dans le tourisme. Mon père était guide de haute montagne, ma mère s'occupait de ses enfants, je suis devenue guide à mon tour. Aujourd'hui, je n'ai pas d'enfants, pas de compagnon, mais la tête pleine de souvenirs, de rencontres. Je me sens chez moi n'importe où. D'ailleurs, je suis à l'étranger plus de la moitié de l'année ! Et quand je reviens à la maison, je retrouve mes neveux et nièces, mes frères et sœurs et mes amis. Je n'étais pas faite pour une vie « classique » et je suis très heureuse comme ça. »
L'avis de la spécialiste
La psychanalyse aurait tendance à dire que Dominique n'a pas coupé le cordon avec son père. En revanche, cette femme semble en adéquation avec elle-même : à un âge où la nature ne donne plus la possibilité d'avoir un enfant, elle n'affiche aucun regret de maternité. En outre, Dominique donne plutôt l'impression de bien se connaître et d'avoir mesuré les conséquences de son choix. Manifestement, elle n'a pas voulu faire souffrir une famille qui l'aurait étouffée. Sa personnalité lui permet de s'adapter aux misères liées au temps qui passe, telles que les changements corporels.
« Ma famille et mes amis sont la clé de mon équilibre »
Frédérique, 44 ans
« Mon mode de vie et mon métier de fleuriste m'ont amenée à choisir le célibat. Je suis une personne très active, je fais toujours plusieurs choses à la fois. Au travail, comme je ne compte pas mes heures, c'est vrai que je suis moins disponible pour faire des rencontres... ailleurs que dans un cadre professionnel. Je suis ainsi quelqu'un de très sociable qui apprécie la solitude pour se ressourcer. En outre, je sais être disponible pour ceux que j'aime, ma fille, ma famille et mes amis : ils sont la clé de mon équilibre. J'ai rarement le temps de m'ennuyer : j'aime me promener, faire des courses… Bref, je n’ai pas envie de renoncer à ce quotidien qui me comble tant pour en gérer un autre qui ne me conviendrait pas forcément mieux ! »
L'avis de la spécialiste
Frédérique fait partie de ces femmes héritières de mai 1968, qui veulent relever un vrai défi : une vie à 100 à l'heure à l'extérieur et un brin de confort à la maison. L'amitié, l'affection, la reconnaissance que reçoit Frédérique, c'est bien, mais où est la tendresse ? Par ailleurs, une femme ne peut pas remplacer un homme dans tous les rôles du quotidien sans risquer de s'épuiser. Et là, gare à la dépression. Frédérique devrait s'autoriser à quitter cette spirale infernale et réapprivoiser sa relation aux hommes. Pour avancer dans cette réflexion, elle pourrait relever le nombre de fois où elle s'est trouvée devant une difficulté à résoudre et son état de désarroi d'alors. Un compagnon à l’écoute, ça a quand même du bon.
« C'est une étape nécessaire dans ma vie »
Romane, 29 ans
« Après deux ans de vie commune avec Stéphane, j'ai choisi de me séparer de lui alors que notre couple allait relativement bien. Mais j'avais du mal à vivre pour moi et l'impression de n'avoir le temps de rien. Au départ, j'ai déprimé. Puis, j'ai rappelé tous mes amis perdus de vue. Aujourd'hui, mon quotidien est très bien rempli. La seule chose qui me manque un peu est le côté affectif, les petits gestes du quotidien, les bras de mon amoureux... Malgré tout, je ne cherche pas l'amour, j'ai besoin d'être seule pour me reconstruire, pour savoir ce que je veux dans la vie et ce que je ne veux pas ! Certes, la pression existe, mais je suis heureuse et épanouie. Le célibat est un choix et il fait partie de mon chemin de vie. C'est une étape nécessaire. »
L'avis de la spécialiste
La situation de Romane reste assez isolée. Effectivement, elle a fait le choix de la séparation amoureuse alors que son « couple allait relativement bien ». Inconsciemment, elle ne prend ainsi pas le moindre risque de dégradation du lien sentimental. Cette structure psychologique s'étaye souvent sur une enfance qui a pu observer les hauts et les bas de la relation parentale (disputes, entente). Romane parle d'ailleurs de reconstruction. Une vie à deux n'exclut pas une juste distance qui permet tout à fait de dépasser ce qui a fait souffrir précocement. Le partenaire offre alors la possibilité de prendre confiance en soi (compliments sincères, attentions multiples, etc.) et de ne plus confondre son histoire et celle de ses parents.
« J'attends de me sentir belle dans les yeux de quelqu'un »
Patricia, 58 ans
« Lorsqu'en 1994 le père de mes trois enfants m'a quittée brutalement, j'ai plongé dans la dépression. J'ai mis près de huit ans pour relever la tête et recommencer à apprécier la vie. Avec mes amis, je vais au ciné, au resto... J'occupe tant que je peux mon temps libre. J'aime découvrir de nouvelles activités, comme la poterie et le crochet. Certes, je reconnais la solitude, les responsabilités, les difficultés de la vie, et une épaule serait parfois bienvenue. Mais je sais que je ne quitterai le célibat que lorsque j'aurai une meilleure image de moi et que je me sentirai vraiment aimée par quelqu'un. »
L'avis de la spécialiste
Il faut se méfier des apparences. Patricia peut appartenir à ces femmes qui, ayant été abandonnées par l'homme de leur vie, ne refont pas la leur. À 58 ans, on est censé avoir affermi l'image de soi car la vie a permis de faire ses preuves. Mais Patricia doit faire le deuil du père de ses enfants car, au fond d'elle, elle souhaite se « libérer » de l'empreinte de cet homme. Elle doit réaliser qu'elle s'emprisonne. Une fois délivrée, Patricia sera prête à une rencontre fiable.
« Je suis heureuse parce que j'apprécie ce que j’ai »
Danièle, 65 ans
« Je ne me suis jamais mariée. L'échec de l'union de mes parents a dû avoir une influence sur ma confiance dans le mariage. Mais le célibat me donne la liberté de faire ce que je veux quand j'en ai envie. Mes enfants sont ma priorité. J'ai eu trois enfants de trois pères différents, et mon célibat me permet d'être là quand ils ont besoin de moi. La solitude est une précieuse alliée, je l'ai domestiquée. Elle me permet de mieux me connaître, de prendre conscience de ce que j'aimerais améliorer. Bien sûr, je ressens un manque affectif ou, plutôt, un manque d'intimité, de complicité avec un homme. Mais je serais incapable de rechercher un compagnon dans un club de rencontres, et tout autant d'attendre qu'il se présente. »
L'avis de la spécialiste
Danièle vit une forme de célibat qui lui permet d'être une éternelle adolescente et de rencontrer son prince charmant. Cependant, ses trois enfants, tous de pères différents, laissent penser que cette femme s'oublie, quitte à ne tenir compte que des problèmes des autres. Danièle se réfugie alors à son insu dans une sorte de rêve puisqu'elle croit que l'amour n'est pas pour elle. C'est dommage car il y a de la lucidité chez Danièle. Mais l'attente amoureuse a assez duré. Elle doit penser à elle et admettre que ses enfants n'ont plus besoin d'elle. Danièle sera alors disponible pour une belle histoire.
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